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Actualité
16
12
déc.
2019

Les paradoxes du numérique

Le numérique est partout et a bouleversé les modes de fonctionnement du citoyen lambda, comme celui des entreprises. Grâce à lui tout est à portée de clics, ou presque. Rapide, pratique, facile. Mais sa face cachée est beaucoup moins glorieuse. Energivore, discriminant, utilisant des ressources premières rares… on prend peu à peu conscience du revers de la médaille. Alors que peut-on faire pour utiliser, développer un numérique plus responsable ? Quelles actions concrètes une entreprise peut-elle mettre en place ? C’était l’objet d’une table ronde* qui a eu lieu en septembre dernier dans le cadre de la Nantes Digital Week.

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Crédit M. Beden

Sectaire, le numérique ?

Le numérique est depuis quelques années, le nouvel eldorado des entrepreneur.e.s et pour cause ! On estime qu’il va générer 25 000 emplois dans les 12 prochains mois. Mais la concurrence est féroce, et pour exister sur la scène nationale voire internationale, il ne faut cesser d’inventer, d’innover.
Le Gouvernement français l’a bien compris en proposant un programme en faveur de la diversité de l’écosystème des starts-up : French Tech Tremplin. Pourtant, si louable soit-il, « ce projet manque cruellement de mixité », se désole Jean-Louis Carvès, Diversity Engagement Partner à IBM. Les femmes entrepreneures dans la « tech’ » sont encore trop rares, victimes encore et toujours des préjugés que l’on a sur leur capacité à entreprendre ! On a beau être une entreprise à la pointe de la hight-tech, les problèmes de diversité, d’égalité salariale perdurent. Les vieux clichés ont la vie dure, malheureusement…
Pour Anne-Laure Guihéneuf**, responsable du pôle Research & Business à Audencia, pour faire bouger les mentalités « il est primordial de casser les stéréotypes dès le plus jeune âge ». Eduquons les enfants, disons-leur qu’une fille peut faire des mathématiques, qu’elle peut être entrepreneure tout comme qu’un garçon peut aimer le rose ou peut être « sage-femme » ! « Il est urgent d’arrêter de genrer les métiers », ajoute-elle.

Former le plus grand nombre

La diversité n’est pas qu’une question de genre ou de couleur de peau. Non, c’est aussi inclure les personnes en situation de handicap. Trop sont laissés pour compte, faute de moyens, d’outils ou de formations adapté.e.s à leur handicap. Les chiffres sont accablants : le taux de chômage y est deux fois plus élevé que celui de la population globale. Face à cette injustice, Vincent Lhoste, a créé l’association ThinkCode, à Nantes. Le but est de s’appuyer sur le numérique afin de développer des actions pour intégrer des personnes porteuses de handicap et d’ainsi améliorer leur quotidien.

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Crédit M. Beden

Et l’humain dans tout ça ?

« La question de sens est de plus en plus au cœur des préoccupations des salariés, obligeant les entreprises à bouger les lignes en matière de RSE » observe Anne-Laure Guihéneuf. « De plus en plus, on mesure la performance environnementale d’une entreprise. Mais quid de l’humain ? », s’étonne quant à elle, Sandrine Charpentier, Directrice d’1Kubator et CEO de Mixity. Il y a encore trop peu d’indicateurs sur l’inclusion. C’est pour cette raison, qu’elle a développé avec Dominique Crochu et Jérôme Fortineau, Mixity, la « 1ère plateforme digitale qui restitue l’impact global diversité et inclusion des entreprises, écoles, collectivités, associations… ».
Il faut dire que les DRH sont parfois démuni.e.s face à certaines problématiques. Comme par exemple, celle de la transidentité. « Comment accompagner au mieux un salarié qui entame un processus de changement de sexe ? Comment gérer le regard des autres collaborateurs, les absences liées aux opérations, etc. ? » interpelle Jean-Louis Carvès. Cela se prépare avec toutes les parties prenantes pour que tout se passe dans les meilleures conditions possibles.

Un impact environnemental fort

Si la diversité est loin encore d’être la norme dans les organisations, depuis 5 ans environ, elles ont pris conscience de l’importance de l’impact environnemental de leurs activités, observe Thierry LeBoucq, Président de Greenspector***. « On a peu de repères quant à la dimension écologique, il est difficile de faire un lien entre numérique, écologie et économie, car ce n’est pas palpable. L’Université de Dresde estime que d’ici 2030, Internet consommera autant d’électricité que toute l’humanité en 2008 ! » explique-t-il. Il est urgent d’agir donc…

Avancer vers un numérique plus responsable, conscient des enjeux sociétaux, environnementaux, c’est possible. Mais la marge de progression est énorme. Il est nécessaire que le numérique opère sa transition. C’est d’ailleurs tout l’objet du groupe de travail sur le numérique responsable que la plateforme RSE de la métropole nantaise a mis en place cette année : agir et proposer des bonnes pratiques concrètes.

* Table ronde : Pour un numérique responsable, durable et inclusif ? Quelles actions concrètes ?

  • Sandrine Charpentier, Directrice d’1Kubator et CEO de Mixity, 1kubator & Mixity
  • Anne-Laure Guihéneuf, Responsable du pôle Recherche et Business et cheffe de projet chaire RSE, Audencia
  • Jean-Louis Carvès, Diversity Engagement Partner, IBM
  • Thierry LeBoucq, Président, Greenspector
  • Vincent Lhoste, Co-fondateur, ThinkCode
    Animateur : Rémy Marrone, Membre du Conseil Scientifique de l’Institut du Numérique Responsable

** Anne-Laure Guihéneuf est également pilote du dispositif #NégoTraining, mis en place par Audencia et la plateforme RSE de la métropole nantaise, qui vise à sensibiliser les femmes à la négociation salariale. Une première en France.

*** Greenspector propose une solution informatique permettant aux développeurs de coder de façon plus durable.

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